À vous qui lisez ceci,
Je pourrais vous conter comment les BEERS ont occis un dragon, comment ils se sont débarrassés des parasites aux capes rouges qui infestaient les rues de Phandalin, ou encore comment Bredah, force brute de cette compagnie d'aventuriers, mit à exécution son idée d'ogre fumé à la broche.
Mais vous trouverez sans nul doute maintes personnes fort heureuses de vous en parler, en particulier un petit gobelin nommé Droop qui, si vous passez les portes de la Sieste du Géant, prendra grand plaisir à tout vous raconter.
Pour ma part, je préfère aujourd'hui me faire le porte-parole de ce que j'ai pu voir et vivre à leurs côtés.
Et considérant mon état de fatigue, ainsi que la journée qui vient de s'achever, permettez que je commence par cette dernière mésaventure.
Après quelques mauvaises décisions de ma part, lesquelles conduisirent le groupe à venir me chercher, nous nous retrouvâmes pris au piège dans une maison des enfers qui, comme nous devions bientôt le découvrir, n'était rien de moins qu'un Mimic gigantesque.
Nous nous épuisâmes à anéantir gueules, chaises et armures qui nous tombaient dessus tour à tour.
Je dis nous, mais en vérité, tout ce que j'avais fait jusque-là était de faire exploser une chaise et d'en insulter une autre.
Tout semblait donc aller pour le mieux de mon côté...
Jusqu'à ce qu'une première armure ne m'assénât un coup, puis qu'une seconde ne vînt achever son ouvrage.
Dire que j'ai vu ma vie défiler devant mes yeux serait un mensonge, doublé d'un cliché éhonté.
Je puis néanmoins vous certifier m'être senti bien petit devant ces guerriers qui continuaient de se battre.
Et devant Eliane, surtout.
Elle venait de voir la mort passer une seconde fois sous ses yeux.
La pauvre avait atteint l'entrée et s'était téléportée devant la porte.
Hélas, ce soulagement fut de courte durée.
La porte se transforma en cette même chair immonde qui constituait le reste de la bâtisse, happa notre druide et la rejeta à l'autre bout de la pièce.
Ils firent alors de leur mieux pour la protéger d'une gueule énorme ouverte dans le sol, laquelle ne demandait qu'à nous avaler un à un.
Chacun s'appliquait à penser les blessures de notre Conil, tandis que Sir Varek, Erwan et Bredah s'escrimaient à abattre cette gueule béante dans le sol.
Finalement c'est Erwann qui lui asséna le dernier coup.
Nous gagnâmes à peine quelques instants de répit avant qu'une nouvelle attaque ne survint.
Raizen me releva et me pressa de quitter cette salle infernale.
Petit à petit, nous parvinrent à gagner une réserve où le silence revint enfin.
Plus de grondement.
Plus d'attaque.
Nous cherchâmes alors une issue.
Bredah et Raizen percèrent le plafond et là, juste au dessus de nos têtes, ils découvrirent, une nursery de Mimics.
Des dizaines de petites créatures gluantes s'y mouvaient dans l'obscurité.
Sur une idée de ma conception, Bredah y lança du sel.
Ce fut une réussite.
Lorsque les portes cédèrent et que les tonneaux se renversèrent, les Mimics s'arrêtèrent.
Ils ne franchissaient point le sel.
Nous venions de trouver notre seule protection.
Nous gagnâmes alors le grenier.
Là-haut, tous s'attaquèrent au toit tandis que, pour ma part, je m'affairai à tenir les créatures éloignées, le sel à la main.
Enfin, le toit céda.
Et pour la première fois depuis ce qui semblait être une éternité, nous pûmes sentir l'air marin de Luskan sur nos visages.
Eliane, toutefois, demeura dans la bâtisse afin d'y mettre le feu avant de nous rejoindre dehors.
J'aurais pu profiter de cet instant.
Observer cet enfer prendre feu.
Mais j'avais bien autre chose en tête.
Près de la fontaine se tenait l'un des hommes qui nous avaient suivis plus tôt.
L'un de ceux qui avaient été la cause de ma disparition...
Et probablement de celle du gamin.
Je le désignai à Bredah.
Ce crétin et ses acolytes prirent la fuite.
Raizen à mes côtés, nous nous lançâmes à la poursuite de l'un d'eux, tandis que la brave Bredah en suivait un autre.
Il était vif, rapide et fort agile.
Malheureusement pour lui, il se trouvait poursuivi par deux athlètes des plus expérimentés.
En arrivant sur le pont reliant les deux rives, je vis une occasion à saisir.
Je hurlai :
« C'EST L'INCENDIAIRE ! ATTRAPEZ-LE ! »
Presque aussitôt, le chemin de cet imbécile fut barré par trois gardes.
Nous aurions sans doute pu l'interroger dans les heures suivantes si Raizen n'avait été si piètre menteur.
Fort heureusement, notre barbare de compétition parvint à en attraper un second grâce au forgeron des lieux qui, d'un bond des plus audacieux, brisa une vitre, bouclier en main, pour se jeter sur le fuyard.
Nous nous retrouvâmes ensuite tous chez notre cher Varek, esquintés et fourbus.
Le malandrin fut suspendu au plafond, un sac sur la tête, tandis qu'Eda s'affairait à me redonner une apparence plus convenable et que je tentais de reconstituer le masque brisé d'Eliane.
Nous étions désormais déterminés à obtenir des informations.
Qui ils étaient.
Ce qu'ils voulaient.
Pour qui ils travaillaient.
Et surtout...
Où était l'enfant.
La suite des événements fut décevante.
Décevante...
Et glaçante.
L'homme ne nous révéla rien de son employeur.
Mais il nous fit comprendre une chose : eux nous connaissaient.
Et ils savaient des choses sur nous que nous aurions préféré garder secrètes.
Il nous conseilla d'ailleurs de le relâcher.
Visiblement, le garder ici était une bien mauvaise idée.
Pour nous.
Pour les lieux.
Et pour la femme qui nous accueillait.
Qui que fût son employeur, cet homme semblait se moquer éperdument de mourir pour lui.
Après l'avoir gentiment marqué et dépouillé de ses vêtements, nous l'enfermâmes dans le Hall du Sang.
Puis nous regagnâmes l'Auberge des Dix Chênes afin d'y trouver enfin quelque repos.
Quant à nos objectifs à venir, je crains que le plus urgent soit de retourner au Hall du Sang afin d'y interroger notre prisonnier, s'il s'y trouve encore et si, par quelque miracle, il est toujours en vie.
D'ailleurs, je crois bien que la vente de nos dagues est actuellement compromise. Notre contact semble quelque peu embarrassé par les récents événements, et je ne saurais dire si nous pourrons encore compter sur lui.
Il nous faudra également prendre des nouvelles de notre équipement et, si cela demeure possible, récupérer nos affaires ainsi que l'or que nous avons laissés derrière nous.
Enfin, je ne saurais dire si le tournoi des drôles demeure toujours d'actualité. Mais s'il l'est, il nous faudra préparer nos combattants en conséquence.
Car malgré tout ce qui venait de se produire, une chose demeurait désespérément simple :
Nous avions toujours besoin d'argent.
Quant à l'enfant...
Il demeure, pour l'heure, un mystère.
Je ne saurais dire si les BEERS seront disposés à partir à sa recherche.
Mais pour ma part, une chose est certaine :
Je ne compte pas l'abandonner.
Épisode
S03E12-"Barbecue Luskanais"
Date de séance : 2026-08-09
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