Journal mental d’Erwann
J’ai bien observé Bredah qui note des choses dans un petit carnet et, depuis quelque temps, j’ai décidé de faire un peu pareil. Je ne suis pas du genre à écrire sur un livre, mais bizarrement, je trouve cela très simple de le faire dans ma tête.
Je pense à un grimoire et je peux lire et écrire sur ses pages.
Depuis, les choses sont plus claires. Mieux rangées. Mieux organisées. Je retrouve les informations beaucoup plus rapidement qu’avant. J’ai analysé les derniers événements et, effectivement, les mots ont un sens. Un poids. Une force. Parfois aussi utile ou dévastatrice qu’une arme, même magique.
Après le réveil et un petit déjeuner copieux composé de saucisses et de bière, au plus grand plaisir de Bredah, Elyanne et Raizen sont partis au Pavillon du Pont de l’Épée pour essayer de récupérer notre équipement, qui nous fait tant défaut.
Castiel, Bredah et moi sommes allés interroger le prisonnier, accompagnés de Vareck.
Castiel a encore essayé un subterfuge en tentant de se faire passer pour lui : ses vêtements, son apparence, sa voix… Mais il s’est fait découvrir.
À moi de jouer maintenant et JE SAIS que je vais y arriver !
Bredah m’accompagne dans une petite salle qui sera dédiée à l’interrogatoire. Je plaisante avec Vareck, mais nous savons tous ce qui va se passer derrière cette porte. Et ça ne va pas être beau à voir.
Castiel préfère ne pas assister à l’interrogatoire.
Vareck nous amène le prisonnier et nous laisse seuls.
Les mots encore les mots...
Il a bien essayé de retourner tout de suite la situation à son avantage avec un mot bien placé.
Il m’a dit de l'appeler « papa ». Bien tenté mais je l’ai ignoré.
Pas de sentiments dans cette salle. Pas maintenant.
PROBLÈME. ANALYSE. SOLUTION.
Et une détermination sans faille.
Cela prouve malgré tout que notre ennemi est très bien informé sur nous. Il est certainement plus dangereux qu’on ne l’imagine. En tout cas, il possède une influence énorme sur ses sbires, puisque Raizen, Bredah et Elyanne n’ont pas réussi à faire parler le bouzeux.
Je commence par le faire monter gentiment en pression en lui racontant les sévices que le bouzeux a subis.
Cela ne lui fait manifestement ni chaud ni froid.
La perspective de subir la même chose l’amuserait presque.
Je lui explique alors, par A + B, que je vais le briser et qu’à partir de maintenant, son sort est scellé.
Il parlera.
Et il mourra.
De mes mains ou de celles de son commanditaire.
Mais il mourra.
Il a pu lire dans mes yeux que nous ne jouions plus.
La froideur de mon regard ne laissait plus aucune place au doute.
Mes yeux brillent d’ailleurs d’un éclat différent de d’habitude. D’ordinaire, ils sont d’un bleu profond. Là, ils sont plutôt violets.
Ce n’est pas forcément un regard malveillant. C’est plutôt un regard pénétrant. Un regard qui cherche à aller plus loin. À fouiller. À comprendre ce qui se cache derrière ses pensées.
« Kthar’vul, morn-ash. » (L’abîme va dévorer ta lumière.)
Les mots vont maintenant pénétrer son esprit.
Je me suis adressé à lui en abyssal.
Des sons gutturaux. Des mots durs. Violents. Des sons qui semblent résonner jusque dans son corps.
À cet instant, c’est presque comme si je pouvais lire dans ses pensées.
Presque.
Des mots sortent de sa bouche, mais il refuse toujours de dire ce qu’il sait.
Son corps tout entier transpire la peur.
Mais son esprit me résiste encore.
Alors je le maudis.
« Nyx-ora, shal-dra. » (La pression brisera ton esprit.)
L’assaut physique qui accompagne mes paroles entame sa chair de l’intérieur lorsque je l’effleure. Mais il fait autre chose. Il ancre dans son esprit l’idée de la souffrance, l’idée du sort funeste qui l’attend.
Pourtant, il résiste encore.
Incroyable.
La peur que son chef lui inspire est déroutante.
Je le touche à nouveau.
Cette fois, la souffrance qu’il ressent manque de le tuer sur le coup.
Il finit par nous avouer que leur chef cherche le gamin.
Il a besoin de lui pour réaliser quelque chose d’important à la Tour de l’Hôte.
Je sens alors que son esprit se délite.
Les barrières mentales tombent.
Mais pas assez vite.
Il en reste encore.
Et à ce petit jeu, je risque de le tuer avant d’avoir récupéré l’information que je cherche.
Je lui impose alors ma volonté, lui suggérant magiquement de parler.
Il lutte.
Puis il balance enfin le nom.
Son corps se met immédiatement à brûler. Nous avons tout juste le temps, Bredah et moi, de sortir de la pièce.
Le responsable c'est Brindle Marrete. Et au fond de moi, je le savais déjà.
Elyanne et Raizen sont en danger.
Juste le temps pour Castiel de changer de vêtements et nous repartons, toujours accompagnés de Vareck, pour retrouver nos amis qui, sans le savoir, se sont jetés dans la gueule du loup.
Sur place, Fifou nous aide à retrouver leur trace jusque dans le bureau de Brindle Marrete.
Il nous dit que nos deux amis sont à la recherche de notre équipement.
Crédible.
Toujours avenant, il nous invite à le suivre dans un ascenseur interminable qui doit nous conduire jusqu’à Elyanne et Raizen.
Il ne nous avait pas menti : nous voilà réunis mais enfermés dans un donjon.
Des braseros annihilent nos capacités magiques et Brindle joue avec nous comme un chat joue avec une souris.
Évidemment, le donjon est rempli d’armures, de squelettes et de pièges.
Reste les armes… pour ceux qui en ont.
Épisode
S03E13-"Un fil plus loin"
Date de séance : 2026-08-23
